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Nucléaire vs solaire : arrêtons de fuir la réalité économique

  • il y a 16 minutes
  • 3 min de lecture

Par Corinne Lepage, Avocate associée, Présidente


EPR2 vs solaire et stockage : quand la réalité économique rattrape la politique énergétique française


Appeler le dérèglement climatique un canular ne le fait pas disparaître, cela aggrave simplement la situation en retardant les mesures d'atténuation indispensables.


De même, traiter la question énergétique comme une affaire purement géopolitique, en occultant sa dimension économique et financière pourtant déterminante, relève d'un aveuglement que la France ne peut plus se permettre.


La souveraineté énergétique est un enjeu majeur, certes. Mais ignorer les coûts, c'est prendre des décisions que la réalité finira inévitablement par invalider.


C'est précisément le piège dans lequel nous risquons de tomber avec les EPR2. La Cour des comptes l'a dit sans détour dans son rapport de 2025 : le dossier n'est pas bouclé. Et les chiffres disponibles aujourd'hui imposent une lecture lucide, loin des postures idéologiques.


Le nucléaire existant : une rente. Le nouveau nucléaire : un gouffre annoncé.


Personne ne conteste sérieusement que le parc nucléaire existant est rentable pour la France, même si le prix de revient calculé par la Cour des comptes dépasse souvent le prix de marché. Ce parc constitue notre rente nationale, fruit de décennies d'amortissement.


Mais le nouveau nucléaire, lui, ne sera pas compétitif. Et l'argument qui le soutenait encore, à savoir l'intermittence des énergies renouvelables, est en train de s'effondrer sous le poids des données économiques les plus récentes.


Le solaire pilotable 24h/24 : désormais deux fois moins cher que l'EPR2


Selon une analyse publiée en décembre 2025 par Ember, le coût du stockage par batterie industrielle est tombé à 65 dollars par MWh.


Les chiffres qui en découlent sont implacables : le coût moyen du solaire dans le monde s'établit à 43 $/MWh, le stockage de la moitié de la production diurne pour couvrir la nuit revient à 33 $/MWh supplémentaires, ce qui porte le solaire pilotable en continu à 76 $/MWh.


Ce résultat a été rendu possible par une baisse du prix des batteries de 40 % en 2024, avec une trajectoire similaire attendue pour 2025.


Face à ces données, le nouveau nucléaire devrait être acheté à 100 €/MWh et en coûtera vraisemblablement 150 €, soit 50 € par MWh à la charge directe du contribuable.


Dans la situation budgétaire actuelle de la France, il est légitime de s'interroger sur la justification d'un tel écart et sur la responsabilité collective qu'engage ce choix.


Des signaux d'alarme qui s'accumulent


Quatre milliards d'euros ont déjà été engagés par EDF pour les EPR2. Pourtant, l'Autorité de sûreté nucléaire a remis en cause les premiers dossiers déposés, aussi bien à Penly qu'à Gravelines, et pour des raisons distinctes. Le chantier n'a pas encore démarré que les difficultés techniques et réglementaires s'annoncent.


Le précédent britannique devrait également nous alerter. Hinkley Point C devrait coûter 2,7 milliards de livres de pertes à EDF pour la seule année 2025, un chiffre appelé à croître.


Cette réalité devrait peser davantage dans le débat français que les annonces de la PPE3, d'autant que les fermetures prévues par la PPE2 n'ont jamais été exécutées. La Cour des comptes a formulé une recommandation de bon sens : ne rien décider de définitif tant que le coût réel et le financement certain des EPR2 ne sont pas établis.


Ce que la France devrait faire à la place


Plutôt que de bloquer les projets des collectivités territoriales au motif d'impossibilité de raccordement, et plutôt que d'empêcher particuliers et entreprises d'installer des systèmes solaires couplés à des batteries pour la même raison, il serait infiniment plus rationnel d'utiliser notre rente nucléaire pour financer la modernisation urgente des réseaux électriques, mais aussi d'investir dans les SMR afin d'évaluer sérieusement leur potentiel à long terme et de laisser le solaire et le stockage se déployer librement, maintenant que l'intermittence n'est plus l'obstacle qu'elle était.


La France dispose d'atouts réels en matière énergétique. Encore faut-il les mobiliser avec lucidité, plutôt que de s'arcbouter sur des choix dont la rentabilité est de plus en plus difficile à défendre et dont le coût final sera, comme toujours, supporté par les contribuables et les générations à venir.



 
 
 

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