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La France dévoile sa stratégie énergétique : le grand retour du nucléaire

  • il y a 9 heures
  • 2 min de lecture

Après plus de deux ans de retard, le gouvernement a enfin levé le voile jeudi sur la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). Un exercice crucial qui fixe les objectifs de la politique énergétique française filière par filière, et dont la publication était attendue avec une impatience croissante par l'ensemble des acteurs du secteur.

 

L'ambition globale demeure inchangée : atteindre 70 % d'énergie décarbonée en 2035, contre à peine 42 % en 2023. Cette transformation repose sur deux piliers : une électrification massive des usages, avec 34 % d'électricité dans le mix énergétique dès 2030, et un effondrement de notre consommation de combustibles fossiles, qui devrait chuter de 900 TWh en 2023 à seulement 330 TWh en 2035. Un objectif ambitieux qui suppose de diviser par trois notre dépendance au pétrole et au gaz en à peine dix ans.

 

Mais c'est dans le détail des arbitrages par filière que se révèle la véritable rupture stratégique. Le nucléaire sort grand gagnant de cet exercice, avec un objectif de production rehaussé à 380-420 TWh en 2035, contre 360-400 TWh envisagés lors de la consultation de fin 2024. Ce relèvement s'appuie sur une optimisation poussée du parc existant et la prolongation de la durée de vie des réacteurs à cinquante, voire soixante ans. Un renversement spectaculaire quand on se souvient que la précédente PPE programmait la fermeture de 14 réacteurs. Le nucléaire redevient clairement la colonne vertébrale de notre mix électrique.

 

À l'opposé, les énergies renouvelables subissent un sérieux coup de frein. L'éolien en mer voit son objectif 2035 abaissé de 18 à 15 GW, avec un calendrier repoussé à 2037 pour « mieux intégrer les réalités industrielles », notamment les contraintes de raccordement au réseau. Le photovoltaïque passe de 75-100 GW à 55-80 GW en 2035, avec un objectif intermédiaire 2030 réduit à 48 GW au lieu de 54-60 GW. L'éolien terrestre n'est pas épargné : 35-40 GW visés en 2035, contre 40-45 GW initialement. Seul lot de consolation, le gouvernement maintient les mécanismes de soutien public jusqu'en 2028, rassurant ainsi les investisseurs.

 

Ces révisions traduisent un recalibrage face aux difficultés de déploiement sur le terrain : lourdeurs administratives, opposition locale, saturation des réseaux. Mais elles posent aussi la question de la cohérence avec nos engagements climatiques européens et de notre capacité à diversifier suffisamment nos sources d'énergie décarbonée.

 

L'hydrogène, présenté il y a encore quelques mois comme le vecteur d'avenir, voit lui aussi son objectif réduit de 10 à 8 GW en 2035, reflet d'un marché qui peine à décoller. À l'inverse, l'hydroélectricité bénéficie d'un regain d'attention, avec 2,8 GW de capacités supplémentaires prévues via l'optimisation des barrages existants.

 

Signe révélateur d'une incertitude persistante, le gouvernement introduit pour la première fois une clause de revoyure dès 2027. Cette innovation reflète les doutes sur le rythme réel d'électrification, alors même que RTE anticipe une situation temporaire de surcapacité. Un plan d'électrification "ambitieux" est annoncé pour synchroniser production et consommation, mais reste à définir.

 

Cette PPE dessine finalement un modèle énergétique résolument nucléo-centré, assumant un ralentissement du déploiement des renouvelables au profit de l'atome. Un choix stratégique qui ne manquera pas d'alimenter les débats dans les mois à venir.

 

Pour lire le projet le texte, cliquez ICI.

 
 
 

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