top of page

Écologie et politique : il est temps de changer de braquet

  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

La situation actuelle devrait faire réfléchir. Pas seulement les militants. Tous nos concitoyens.


Le nœud du problème : EELV a abîmé la cause qu'il prétendait défendre.


En substituant les thèses de l'ultra-gauche à la défense du vivant, en abandonnant l'universalisme écologique au profit de prises de position clivantes sur la scène internationale, en devenant, osons le dire, des auxiliaires objectifs de l'antisémitisme, les Verts ont accompli quelque chose de remarquable dans le mauvais sens : ils ont donné des arguments à tous les partisans de l'écophobie.


Résultat ? Des millions de Français parfaitement conscients de la nécessité de la transition, mais totalement répulsés par EELV. Le backlash écologique n'est pas tombé du ciel. Il a été fabriqué, en partie, de l'intérieur.


Mais l'écologie politique ne se réduit pas aux Verts. Loin de là.


La loi d'accélération des énergies renouvelables de 2023 (loi APER) a placé les maires au cœur de la planification territoriale énergétique (zones d'accélération, permis, foncier, mobilités douces).


Ce sont eux, bien plus que les partis nationaux, qui incarnent aujourd'hui la transition concrète.

Et les résultats le prouvent : toitures solaires sur les bâtiments publics, réseaux de chaleur biomasse, mobilité électrique, circuits courts alimentaires, rénovation des écoles. Des élus de droite comme de gauche (à Angers, à Saumur, dans des centaines de communes rurales) ont bâti des politiques énergétiques ambitieuses et ont été réélus sur ce bilan.


Plus de 88 % des communes françaises sont situées en territoire rural, et c'est là que s'installe l'essentiel de la capacité nationale de production d'électricité renouvelable. L'environnement gagne quand il est incarné, ancré dans le territoire, débarrassé des postures.


Et puis il y a l'économie. Qui change tout.


La montée des prix du pétrole et du gaz, avec ses répercussions en cascade sur les transports, la chimie, la métallurgie, l'agriculture, n'est plus une abstraction. Elle est dans les bilans des entreprises, dans les factures des ménages, dans le déficit commercial.


Les chiffres parlent d'eux-mêmes : la facture énergétique de la France s'est établie à 57,7 milliards d'euros en 2024, soit environ 850 euros par habitant en moyenne et elle reste parmi les plus élevées des trente dernières années. Elle avait atteint le niveau catastrophique de 116 milliards en 2022, au moment de la crise gazière. La France importe près de 98 % du gaz et près de 99 % du pétrole et du charbon qu'elle consomme. 


C'est une dépendance structurelle. C'est une vulnérabilité souveraine. Et c'est une hémorragie financière chronique. Selon RTE, les importations d'hydrocarbures constituent la première source du déficit commercial français. Une stratégie d'électrification des usages permettrait de réduire de près de moitié les hydrocarbures importés dans la consommation finale à l'horizon 2035. 


La décarbonation n'est donc plus seulement une obligation écologique. C'est une nécessité économique et souveraine.


Ce qui aggrave le tableau : nous continuons à subventionner ce dont nous voulons sortir.


Les niches fiscales en faveur des énergies fossiles (exonération du kérosène aérien, remboursements partiels sur le diesel routier, avantages fiscaux sectoriels) représentent encore plusieurs milliards d'euros par an. La France s'était pourtant engagée à ne plus subventionner les énergies fossiles d'ici 2025, sans qu'aucun calendrier de suppression n'ait jamais été publié.


À l'échelle mondiale, le soutien public aux combustibles fossiles s'élevait encore à 916 milliards de dollars en 2024, malgré les engagements des États à en éliminer progressivement les formes inefficaces, et ce coût reste supérieur à sa moyenne historique.


Rediriger ces ressources vers la transition de ceux qui en dépendent aujourd'hui (transporteurs routiers, pêcheurs, agriculteurs, industries énergivores) n'est pas une utopie. C'est une question de volonté politique.


Les solutions existent. Ce qui manque, c'est la volonté de les déployer à grande échelle.


  • L'abandon progressif des subventions fossiles libérerait des ressources ciblées pour accompagner la reconversion des secteurs dépendants, avec une logique de transition juste, non de rupture brutale.

  • Le marché de l'occasion des véhicules électriques s'ouvre enfin, complément naturel du leasing social, pour rendre accessible à tous ce qui n'était réservé qu'à quelques-uns.

  • La chute du coût des batteries, divisé par cinq en dix ans, rend l'autoconsommation d'ENR économiquement attractive pour un nombre croissant d'entreprises, d'exploitations agricoles et de particuliers.

  • L'autonomie énergétique devient un argument de compétitivité : moins d'exposition aux chocs de marché, meilleure visibilité sur les coûts de production, résilience accrue face aux tensions géopolitiques.

  • La réindustrialisation verte est déjà en marche dans les territoires qui l'ont anticipée : filières photovoltaïques, éolien offshore, hydrogène vert, pompes à chaleur. Ce sont des emplois non délocalisables, ancrés dans les bassins industriels français.


Le moment est donc particulièrement opportun.


Non pour faire du greenwashing. Non pour habiller en "développement durable" ce qui n'en est pas. Mais pour assumer enfin que marier économie et écologie n'est pas un compromis : c'est la seule stratégie cohérente au regard des limites planétaires, des exigences de souveraineté et des conditions d'une réindustrialisation durable.


La question n'est plus de savoir si la transition est nécessaire. Elle est de savoir qui en prendra le leadership et si nous laisserons encore ce terrain aux seuls acteurs qui ont su, jusqu'ici, le transformer en repoussoir.


Tout modèle économique qui ignore les impacts climatiques et sanitaires est un modèle à durée de vie limitée. L'histoire récente des marchés de l'énergie l'a démontré de façon cinglante.


Corinne Lepage, Avocate associée fondatrice


 
 
 

Commentaires


Revenir aux articles

bottom of page