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Trois canicules, un procès, un climat qui n'est plus le nôtre

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La lettre de l'environnement - Juillet 2026
La lettre de l'environnement - Juillet 2026

Trois canicules en moins de deux mois : la France ne traverse pas un été exceptionnel, elle découvre son nouveau climat.


Beaucoup de commentateurs et de responsables politiques considèrent que le monde organisé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale est en voie de disparition, que la Pax americana est derrière nous et que nous assistons à un retour des empires dans un monde désormais multipolaire. Cette transformation, indéniable, ne doit pas en cacher une autre, sans doute plus irréversible encore : celle des effets du dérèglement climatique.


L'Europe, et plus précisément la France, pays longtemps présenté comme tempéré, ne l'est plus dans sa partie méridionale. Certains territoires, à l'image des Pyrénées-Orientales, glissent désormais vers un climat semi-aride : Météo-France compare aujourd'hui le climat de Perpignan à celui que connaissait Valence, en Espagne, avant le réchauffement. Notre pays affronte chaque année des phénomènes qui auraient pu être qualifiés d'exceptionnels, mais qui ne le sont plus. On peut songer aux inondations de juillet 2021 en Allemagne, qui ont causé près de 200 morts, aux méga-feux qui ont ravagé les Landes et la Gironde en 2022, puis le massif des Corbières en août 2025, le plus grave incendie du pourtour méditerranéen français depuis cinquante ans, mais aussi aux feux gigantesques qui ont embrasé le Canada en 2023 puis en 2025, ou encore aux incendies de janvier 2025 qui ont détruit des quartiers entiers de Los Angeles. Chaque année, les scientifiques constatent que l'année écoulée a été la plus chaude, ou figure parmi les trois plus chaudes, que la planète ait connues.


Mais cet été 2026 revêt un caractère particulier. La canicule de juin a placé 90 départements en vigilance orange, soit 95 % de la population hexagonale. Le 24 juin 2026 a été la journée la plus chaude jamais mesurée en France et le mois de juin le plus chaud jamais enregistré, devant juin 2003. Nous entrons dans le troisième épisode caniculaire en moins de deux mois, tandis que les premiers incendies d'ampleur se sont déclarés dans l'Aude dès le 1er juillet. La saison des feux a commencé, de l'aveu même du ministre de l'Intérieur, avec un mois d'avance. Le bilan humain, lui aussi, s'alourdit : Santé publique France a relevé une hausse de près de 30 % de la mortalité toutes causes lors de la dernière semaine de juin.


Il faut bien comprendre que la transformation à laquelle nous sommes confrontés n'est pas un changement de degré, mais un changement de nature. Notre territoire, nos infrastructures, l'organisation de notre travail, notre alimentation, notre bâti ont été conçus pour un climat qui n'est plus le nôtre. C'est toute notre manière de vivre, de produire et d'arbitrer nos priorités budgétaires qui est à repenser.


Ce bouleversement est aussi, et peut-être d'abord, un enjeu de droit. La France s'est dotée d'une trajectoire de réchauffement de référence (TRACC) qui impose de planifier pour un pays à +4 °C en 2100, déclinée par le troisième Plan national d'adaptation au changement climatique. Le droit de l'urbanisme, la commande publique, le droit du travail, le régime des risques naturels et l'assurabilité des territoires sont désormais traversés par l'exigence d'adaptation. Le juge, de son côté, a montré, de l'affaire Grande-Synthe à l'Affaire du Siècle, qu'il sait sanctionner la carence de l'État face au changement climatique. Il vient de franchir un pas décisif à l'égard des entreprises : le 25 juin 2026, en pleine canicule, le tribunal judiciaire de Paris a jugé, dans l'affaire Total, que le risque climatique relève du devoir de vigilance des grandes entreprises. Il a enjoint à Total Energies de compléter son plan de vigilance dans un délai de six mois en y intégrant les émissions liées à l'utilisation de ses produits (scope 3), soit près de 90 % de ses émissions. Une audience de vérification est fixée au 21 janvier 2027.


Dans ce contexte, le droit n'est pas un frein à l'adaptation : il en est la condition. C'est lui qui permet aux collectivités de sécuriser leurs documents de planification, leurs décisions d'aménagement et leur gestion des risques, et aux entreprises de fiabiliser leurs plans de vigilance, leurs installations et l'organisation du travail. Pour les acteurs publics comme privés, l'anticipation n'est plus une option : dans la grande transition contemporaine, la sécurisation juridique de l'adaptation devient un investissement de prévention aussi décisif que les travaux eux-mêmes. Ne pas adapter son territoire, ses installations ou son organisation, c'est s'exposer à engager sa responsabilité.


 
 
 

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