Le tournant de l'électricité propre : un cap historique franchi, des défis structurels qui demeurent
- 27 avr.
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Les données publiées cette semaine par le Think Tank britannique Ember « Global Electricity Review 2026 » et l'Agence internationale de l'énergie (AIE) « Electricity 2026 » confirment une inflexion majeure dans la structure du système électrique mondial. Pour la première fois en un siècle, les énergies renouvelables ont produit davantage d'électricité que le charbon à l'échelle planétaire.
En 2025, les sources renouvelables ont représenté 33,8 % du mix électrique mondial, soit plus de 10 700 TWh, devançant le charbon dont la part est passée sous le seuil d'un tiers de la production globale, ce qui constitue une première dans l'histoire de l'électricité industrielle.
Ce résultat s'explique principalement par la croissance exceptionnelle de l'énergie solaire photovoltaïque, dont le rythme de déploiement s'est révélé 18 fois supérieur à celui du gaz. À elle seule, la production solaire mondiale atteint désormais un volume équivalent à la consommation totale d'électricité de l'Union européenne et pourrait dépasser la production nucléaire mondiale dès 2026.
La filière éolienne, tant terrestre qu'en mer, a également poursuivi son expansion, consolidant avec le solaire un pôle renouvelable qui structure désormais la trajectoire du mix électrique mondial. Ces deux filières couvrent à elles seules 75 % de la hausse nette de la demande mondiale d'électricité en 2025, contribuant à stabiliser, voire à réduire légèrement (-0,2 %), la production totale d'électricité d'origine fossile. C'est seulement la cinquième fois depuis le début du 21e siècle qu'un tel recul est enregistré.
Le déploiement accéléré du stockage par batteries, dont les coûts ont chuté de 45 % en 2025, a largement favorisé ce résultat. Cette évolution technologique et économique ouvre la voie à un approvisionnement solaire continu, levant progressivement l'un des principaux obstacles à l'intégration massive des renouvelables dans les réseaux électriques.
Ces évolutions ne concernent pas que les économies développées. La Chine et l'Inde, premier et troisième producteurs mondiaux d'électricité à partir de combustibles fossiles, ont toutes deux enregistré une baisse de leur production fossile en 2025, tandis que leur déploiement en énergies renouvelables dépassait la croissance de leur demande intérieure. La part du solaire et de l'éolien dans le mix chinois a ainsi atteint 22 %, surpassant la moyenne de l'OCDE. L'Inde dispose quant à elle désormais d'une capacité solaire installée supérieure à celle des États-Unis.
Les projections de l'AIE à l'horizon 2030 confirment cette dynamique, tout en en soulignant les limites. La demande mondiale d'électricité progresserait de 3,6 % par an, portée notamment par l'essor des centres de données, l'électrification des transports et la climatisation. Les énergies renouvelables et le nucléaire pourraient représenter environ 50 % de la production mondiale dès 2030, le solaire photovoltaïque contribuant à lui seul à plus de 600 TWh d'ajouts annuels. Le charbon, en déclin tendanciel, demeurerait cependant la première source individuelle d'électricité à cette échéance.
Cette transition appelle des réponses réglementaires et à une adaptation accrue des infrastructures. L'AIE estime que plus de 2 500 GW de projets sont actuellement bloqués dans les files d'attente de raccordement au réseau dans le monde et qu'un accroissement de 50 % des investissements annuels dans les réseaux serait nécessaire d'ici 2030.
La modernisation de la règlementation encadrant le raccordement, le stockage et le partage de l'énergie constitue, un enjeu de premier plan pour les acteurs publics et privés du secteur énergétique.


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